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Henri LOCHE

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BONNE ET HEUREUSE ANNÉE
Opérette
opus 200

baweb

Personnages et musiciens
Découpage
Le mot du compositeur
Histoire
Livret

 Personnages par ordre d'entrée en scène
Maria, la bonne de la maison
Lieutenant Leblanc, police judiciaire
Commissaire Lenoir, police judiciaire
Anne de Boismandé, maîtresse de maison
Isabelle, fille de Anne de Boismandé
Vincent Bonjour, amoureux écolo
Dagobert, le clochard
Enguerrand de Boismandé, le maître de maison

 Ensemble instrumental (7 musiciens)
1 Flûte
1 Clarinette Si b
 1 Violon
1 Alto
 1Violoncelle
1 Contrebasse
1 Piano

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 Découpage
 1 Prélude
 2 Présentation
 3 Ambiance
 4 J'ai peur
 5 Dans ma famille on est flic !
 6 Portraits de famille
 7 Le Commissaire Miracle
 8 Allo
 9 Ambiance
10 Sardanapal
11 Qu'il est doux d'aimer
12 Rengaine
13 Dans le calme de la nuit
14 L'amoureux écolo
15 Je suis manutentionnaire
16 Dagobert
17 Dormir à la belle étoile
18 Halali
19 Récit
20 Les fraudeurs
21 Les paradis fiscaux
22 Encore une ritournelle

5'30
3'
0'32
1'50
4'
1'20
3'
0'43
0'32
1'50
2'50
2'36
1'
1'20
2'05
0'05
2'40
0'06
2'48
1'15
3'
1'32
Orchestre
Tous

Orchestre
Maria
Le Lieutenant
Maria
Le Commissaire
Le Lieutenant
Orchestre
Anne de Boismandé
Isabelle
Orchestre et Isabelle
Isabelle, Maria, le Lieutenant, le Commissaire
Vincent Bonjour
Vincent Bonjour
Orchestre
Dagobert
Orchestre
Enguerrand de Boismandé
Dagobert
Maria, Isabelle, Anne, Dagobert, Ltnant, Comm.
Tous

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 LE MOT DU COMPOSITEUR

Au cours de mon enfance, ma mère qui n'était pas chanteuse mais comédienne, me fredonnait souvent des airs des opérettes du répertoire : «La fille de Madame Angot», «Les cloches de Corneville», «La Mascotte», etc...

Ayant été souvent bercé par l'atmosphère si particulière de ce genre musical léger et joyeux, je me suis toujours senti en phase avec cette musique.

Quelques années plus tard, en poursuivant mes études musicales, j'ai découvert les oeuvres d'André Messager à l'écriture si raffinée, si élégante et si équilibrée. Un célèbre critique musical ­Antoine Goléa­ n'avait pas craint d'affirmer: « Deux oeuvres, à la fin du XIXè siècle et au début du XXè, ont profondément marqué le théâtre lyrique : « Pelléas et Mélisande » de Debussy et « Véronique » de Messager.

Contrairement à certaines idées reçues, l'opérette n'est pas un genre mineur, et j'en veux pour preuve cette boutade d'André Messager, à la fin de sa vie : « Décidément, l'opérette est un genre vraiment trop difficile, je crois que je vais maintenant écrire une symphonie ! »

Bien que modeste, sans prétention de vouloir révolutionner l'art du chant, l'opérette apporte un moment de bonheur, de détente et de joie de vivre.

Avec « l'île tranquille », j'ai essayé d'apporter une petite pierre à cet édifice. « Bonne et heureuse année » apporte une pierre quelque peu différente dans le paysage de l'opérette.



Henri Loche - juillet 2014 - Collioure

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L'HISTOIRE

En ce premier janvier, Maria, la bonne de la maison, porte le petit déjeuner à son patron. En entrant dans la chambre, elle pousse un cri aigu et laisse tomber son plateau. Elle vient de constater que ledit patron gît inanimé sur le tapis, la tête en sang. Elle se précipite dans le salon, décroche le téléphone pour appeler la police. Prise de tremblements, elle se laisse tomber dans un fauteuil. Elle regarde de tous côtés craignant que l'assassin soit toujours là.

La venue d'un Lieutenant de Police Judiciaire la rassure. Il lui demande de le conduire dans la chambre de la victime. Nouveau cri aigu de Maria : le cadavre a disparu !

En attendant l'arrivée du Commissaire, elle explique que les trois personnes qui vivent dans cette maison, à savoir : Monsieur Enguerrand de Boismandé, sa femme Anne et Isabelle sa fille, s'ignorent comme s'ils vivaient chacun sur une autre planète.

Le Commissaire fait une entrée tonitruante, c'est le genre d'homme qu'on entend avant de le voir. Sa prétention n'ayant d'égale que sa stupididé, il va mener l'enquête rondement.

Après avoir interrogé les occupants de la maison ainsi que l'amoureux d'Isabelle, charmant garçon à l'humour féroce et qui se gausse de lui, apparait un clochard qui rôdait aux alentours. Cherchait-il à effacer une preuve compromettante ?

Le Commissaire rassemble alors tous les personnages et leur déclare qu'ils ont, chacun, une bonne raison d'avoir participé à l'assassinat de Monsieur de Boismandé, soit en tant qu'assassins, soit en tant que complices.

Un premier rebondissement viendra contredire les affirmations du Commissaire et un second rebondissement apportera un éclairage nouveau sur cette affaire.

Mais comme en France tout commence et finit par des chansons, c'est une ritournelle qui mettra le point final à cette fantaisie musicale plaisante et joyeuse.

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LIVRET

Prélude

Tous les personnages, à l’avant-scène, dans la semi-obscurité. Ils chantent tous la présentation. Ils sont tous masqués.

Présentation

Oh la la mon Dieu quelle histoire,
Quelle histoire on va vous raconter
Entre nous c’est à n’y pas croire
Tout ce que l’on peut inventer.
Si vous ne craignez pas les délires de l’auteur
Pauvre vieillard sénile qui s’amuse à faire peur
Alors écoutez-nous vous présenter la pièce,
Vous ne vous direz pas "celui-là qui est-ce ?"
Un groupe d’individus
Tous plus ou moins farfelus
Deux flics dont un commissaire
Une bonniche à tout faire
Une bigote et un clodo
Un amoureux écolo, rigolo
Une charmante ingénue
Un cadavre disparu
Et qui sème la frayeur,
Mais pas de raton laveur.
D’imbroglios en embrouillaminis
Avec un suspens Hitchcockien,
Ça n’coûte pas cher et ça fait bien.
Qui est méchant, qui est gentil,
Vous n’y comprendrez rien sauf à la fin.
Nous ne vous en dirons pas plus,
Bouche cousue, bouche cousue.
Oh la la mon Dieu quelle histoire,
Quelle histoire on va vous raconter
Entre nous c’est à n’y pas croire
Tout ce que l’on peut inventer.

La scène est alors éclairée.
Un salon classique avec table, chaises, fauteuils.
A gauche un buffet avec un téléphone et un lecteur de C.D.
La bonne, Maria, portant un plateau de petit déjeuner, traverse la pièce de gauche à droite, très lentement.

Ambiance

Après quinze secondes environ, on entend un cri aigu et le fracas du plateau qui tombe.
Maria revient dans le salon, en zigzagant, prend le téléphone.

—  Maria : Al-al-allo ? La popo, la popo, la police ?… Monsieur a été assassiné !... L’adresse ? 27 Avenue du Boulevard… Non, je ne touche à rien.

En tremblant, elle se laisse tomber sur un fauteuil et regarde de tous côtés.

J’ai peur

J’ai peur ! J’ai très peur !
Que l’assasin soit toujours là !
J’ai peur ! très peur !
Il m’épie peut-être dans un coin
Il s’est caché je le sens bien,
Serait-ce mon dernier matin ?
J’ai peur ! J’ai très peur !
Que l’assasin soit toujours là !

Un homme entre dans le salon, Maria se lève, figée sur place.

—   Le Lieutenant : Police Judiciaire, Lieutenant Leblanc. (Maria se précipite dans ses bras). Ne craignez rien, je suis flic.

Il la ramène vers un fauteuil et l’aide à s’asseoir.

Dans ma famille on est flic

Dans ma famille on est flic
De père en fils c’est ça le hic
On n’se pose pas de question
Car c’est pour nous la tradition.
Un bon nombre de malfrats
Qui se sont fait alpaguer
Au cours du siècle dernier
L’ont été par grand’ papa.
En défenseur de la loi
Mon cher papa fut décoré
Pour les très nombreux exploits
Qu’il a su réaliser.
Dans ma famille on est flic
De père en fils c’est ça le hic
On n’se pose pas de question
Car c’est pour nous la tradition.
Réussir c’est mon dada
Et sans fausse modestie
J’ai de très bons résultats.
Moi aussi, mais oui, mais oui !
Quelques fois j’ai le cafard
Quand tout vient se compliquer
Bien que je sois en pétard
Tout finit par s’arranger.
Dans ma famille on est flic
De père en fils c’est ça le hic
On n’se pose pas de question
Car c’est pour nous la tradition.

—    Le Lieutenant : Dites-moi ce qui s’est passé, ce que vous avez vu.
—    Maria : Je montais le petit déjeuner à Monsieur, dans sa chambre. Je l’ai découvert sur le sol, la tête en sang.
—    Le Lieutenant : Menez-moi dans cette chambre. (Elle hésite). N’ayez pas peur, je suis avec vous.

En la soutenant, ils quittent la scène.
De nouveau un cri aigu. On entend Maria crier :  « Il n’est plus là ! »
Ils reviennent dans le salon.

—    Maria : Je l’ai vu, par terre, je n’ai pas rêvé !
—    Le Lieutenant : Je vous crois. Il y a des taches de sang sur le tapis. Comment se nomme votre patron ?
—    Maria : Enguerrand de Boismandé.
—    Le Lieutenant : Bigre ! Il vit seul dans cette maison ?
—    Maria : Non ! Il y a sa femme et sa fille.
—    Le Lieutenant : Parlez-moi de l’ambiance qui règne ici.

Portrait de famille

Comme sur un bateau Monsieur est maître à bord
C’est lui qui régit tout de babord à tribord
Madame est une femme en proie à la détresse
Pourchassant le démon et priant Dieu sans cesse.
Heureusement la fille de la maison est là
Toujours de bonne humeur et riant aux éclats
Ils ne se parlent pas quand je les sers à table
Déjeuner ou dîner l’ambiance est exécrable
Dans cette sombre atmosphère
Chacun vit dans son coin
Sans se soucier des autres
Comme s’ils vivaient au loin.

—    Maria : Qu’est-ce que vous allez faire ?
—    Le Lieutenant : Rien !
—    Maria : Rien ?
—    Le Lieutenant : Je ne peux rien faire avant l’arrivée du Commissaire. Il dirige tout. Il ne supporte aucune initiative. Et lorsqu’on suit à la lettre ses directives et que par malheur on échoue, c’est parce que l’on a mal interprété sa pensée ! C’est pénible, mais on en a pris l’habitude. Au commissariat, entre nous, comme il est né à Saint-Jean de Luz, on l’a surnommé le « Poulet basquaise » !
—    Maria : On va le voir bientôt ?
—    Le Lieutenant : Vous l’entendrez avant de le voir. Il déplace beaucoup d’air. (On entend quelques cris dehors). Tenez, quand on parle du loup!

Je suis le Commissaire Miracle

Je suis le commissaire Miracle
Le fin limier de la P. J.
Moi je n’ai pas besoin d’oracle,
J’enquête, j’analyse et j’agis
Auprès de moi je le proclame,
Holmes n’est qu’un pâle amateur
Qui se rengorge et qui déclame,
Tout ça pour se mettre en valeur
Mes réussites sont légions
Partout l’on me cite en exemple.
Dans bien des villes et des régions
On m’élèverait presqu’un temple.
Mais ma modestie leur dit non !
Je veux rester un être simple
Et digne de tous mes surnoms
Le grand flic qu’on monte en épingle
Je suis le commissaire Miracle
Le fin limier de la P. J.
Moi je n’ai pas besoin d’oracle,
J’enquête, j’analyse et j’agis
Je fais hélas bien des jaloux
Parmi tous ces pauvres minables
Des envieux, des fous
Et leur attitude est lamentable
Le préfet, le divisionnaire
Et mes subordonnés aussi
Je sais qu’ils me vénèrent
Et qu’ils sont tous à ma merci.
Pour moi il n’est pas de mystère
Car j’ai toujours la solution
Très élégante ou terre à terre
Rien ne peut gêner ma mission.
Je suis le commissaire Miracle
Le fin limier de la P. J.
Moi je n’ai pas besoin d’oracle,
J’enquête, j’analyse et j’agis.

—    Le Commissaire : Leblanc, au rapport.
—    Le Lieutenant : Bonne et heureuse année, patron.
—    Le Commissaire : Pareillement. Alors ?
—    Le Lieutenant : Le maître de maison a été assassiné cette nuit ou ce matin.
—    Le Commissaire : Se faire assassiner un premier janvier, quel manque de tact ! Qui l’a découvert ?
—    Le Lieutenant : La bonne, Maria, que voici.
—    Le Commissaire : Menez-moi voir le corps.
—    Le Lieutenant : C’est, patron, que le corps a disparu.
—    Le Commissaire : Disparu ? C’est la totale ! Avec tout ça, je ne pourrai pas aller avec ma femme déjeuner chez ses parents. Eviter ces déjeuners de famille, ça ne me déplaît pas. Leblanc, vous allez téléphoner à ma femme. Vous lui direz que je suis pris par une enquête très compliquée, et que je ne serai pas libre pour déjeuner. Parlez très vite et lorsque vous aurez terminé, éloignez votre téléphone de votre oreille, parce qu’elle va hurler. Exécution ! Maria, conduisez-moi dans la chambre du cadavre disparu.

Allo !

Lieutenant Leblanc Bonjour Madame Lenoir
Bonne et heureuse année Madame
Votre mari m’a chargé de vous dire chère Madame
Qu’hélas! à cause d’une enquête très compliquée
Il ne pourra pas se rendre chez vos parents pour déjeuner.

Alors que le Commissaire et Maria reviennent dans le salon, le Lieutenant est en train de fermer son portable.

—    Le Commissaire : Comment était la victime avec vous ? Il se permettait des privautés ? La main baladeuse ?
—    Maria : Non ! Je suis vierge et fière de l’être et entend le rester !
—    Le Commissaire : Qui demeure dans cette maison ?
—    Maria : Sa femme et sa fille. Je l’ai déjà dit (elle désigne le Lieutenant) à Monsieur le flic.
—    Le Commissaire : Lieutenant !
—    Maria : à Monsieur le Lieutenant flic.
—    Le Lieutenant : Une ambiance détestable. On a l’impression qu’ils se cotoient mais qu’ils s’ignorent.
—    Le Commissaire : Retournez à la cuisine, Maria, je vous sonnerai quand j’aurai besoin de vous.
—    Maria : Bien, Monsieur le flic.
—    Le Commissaire : Monsieur le Commissaire !
—    Maria : Oui, Monsieur le Commissaire flic.

Elle sort.
Le Commissaire s’installe dans un fauteuil et prend ses aises.

—    Le Commissaire : Leblanc, que sait-on de cette Maria ?
—    Le Lieutenant : Elle est portugaise, née à Lisbonne. Ses papiers sont en règle, permis de séjour, de travail, etc…
—    Le Commissaire : Combien de temps s’est-il écoulé entre son constat de l’assassinat et la disparition du cadavre ?
—    Le Lieutenant : A ce qu’elle m’a dit, environ une heure.
—    Le Commissaire : Donc l’assassin a eu le temps de faire disparaître le corps, si l’on en croit cette idiote de bonniche. Que sait-on de la victime ?
—    Le Lieutenant : Il s’agit d’Enguerrand de Boismandé. Fondé de pouvoirs de diverses sociétés, résidant à l’étranger ! Il a la réputation, ou plutôt il avait, la réputation d’être frivole. Il n’habite ici que depuis un peu plus de trois mois environ, avant il vivait dans la capitale. (Le Commissaire agite la clochette qui se trouve sur la table. Maria arrive aussitôt). Allez chercher Madame de Boismandé !
—    Maria : Oui, Monsieur le Commissaire flic.

Elle sort.

—    Le Commissaire : Elle est encore plus cruche que je pensais.

Ambiance

Maria revient en soutenant sa patronne.
Elles avancent très lentement.

—    Le Commissaire : C’est une bien triste nouvelle à vous apprendre, Madame, votre mari a été assassiné. Toutes mes condoléances.
—    Anne de Boismandé : Maria m’en a informée. C’est le Seigneur !
—    Le Commissaire : Non. Ce n’est pas le Seigneur qui l’a tué.
—    Anne de Boismandé : Il menait une vie dissolue, il était devenu une créature du Diable et le Seigneur l’a puni. Le Malin est partout, il nous tente sans cesse.

Sardanapal

Il est là parmi nous
Il est partout
Ce Sardanapal
qui répand le mal,
le mal, toujours le mal !
Conjuguons nos efforts
Et nous serons plus forts alors
Nous devons nous convaincre
De lutter pour le vaincre, le vaincre
Alors la vie reprendra
Et l’amour triomphera
Plus de guerres,
Plus d’assassinats
Partout la paix règnera
Prions pour notre Seigneur
Et prions pour le bonheur
C’est alors que la lumière jaillira
De l’obscurité Pour l’éternité.

—    Le Commissaire : Je comprends, Madame, que vous êtes très éprouvée. Vous pouvez retourner dans votre chambre. (Elle sort). Maria, allez chercher la fille de la maison. (Elle sort. Au Lieutenant :) Je commence à comprendre que Monsieur de Boismandé faisait des galipettes à l’extérieur. Qui est ce Sardanapal, Leblanc ?
—    Le Lieutenant : Un roi d’Assyrie selon la légende grecque, que Madame de Boismandé assimile au Diable.

Isabelle arrive et se plante devant le Commissaire.

—    Le Commissaire : Mademoiselle, je suppose que Maria vous a informée de l’assassinat de votre père. Vous n’avez pas l’air particulièrement éprouvée ?
—    Isabelle : Monsieur de Boismandé n’est pas mon père. Mon père était sous-officier dans l’armée française. Il est mort en opération quand j’avais neuf ans. Deux ans plus tard, maman s’est remariée et m’a mise en pension. J’y suis restée jusqu’à ma majorité. Je pense que c’est l’uniforme qui l’a attirée chez mon père et la particule chez Boismandé. Ma mère est une femme faible, qui voit maintenant le mal partout. Heureusement, la religion lui permet de vivre, ou de survivre.
—    Le Commissaire : Merci de ces précisions, Mademoiselle. Et vous, c’est le mal ou l’amour qui vous fait vivre ?
—    Isabelle : L’amour, bien sûr !

Qu’il est doux d’aimer !

Qu’il est doux d’aimer,
D’être aimé
Et de vivre chaque jour
D’amour
Il suffit d’un sourire
D’un baiser qui vous chavire
Qu’il est doux d’aimer,
D’être aimé
Et de vivre d’amour.
Quelle joie de vivre enlacés tous les deux
Et les yeux dans les yeux
C’est pour nous un bonheur partagé
Et nos cœurs à l’unisson
Chantent la même chanson.
Qu’il est doux d’aimer,
D’être aimé
Et de vivre chaque jour
D’amour
Il suffit d’un sourire
D’un baiser qui vous chavire
Qu’il est doux d’aimer,
D’être aimé
Et de vivre d’amour.
Dans ses bras, je suis bien
Je n’ai plus envie de rien
C’est ainsi qu’avec lui
Je crois être au paradis
Je sais qu’amour et toujours est un leurre
Mais ivre de plaisir ne serait-ce qu’une heure
Si c’est une heure d’éternité
Cela vaut bien d’être tenté.
Ronsard avait raison, n’attendons pas demain
Prenons dès aujourd’hui notre destin en mains.
Qu’il est doux d’aimer,
D’être aimé
Et de vivre chaque jour
D’amour
Il suffit d’un sourire
D’un baiser qui vous chavire
Qu’il est doux d’aimer,
D’être aimé
Et de vivre d’amour.

—    Le Commissaire : Si j’ai bien compris, vous vivez d’amour et d’eau fraîche !
—    Isabelle : D’amour, oui, d’eau fraîche, non ! J’ai un travail. Je suis directrice d’une école de danse. La danse est un art qui permet au corps de s’exprimer. Elle a aussi des pouvoirs thérapeutiques. Vous avez une attitude particulièrement raide, Monsieur le Commissaire, la danse peut vous apporter beaucoup et vous permettre de vivre de manière plus harmonieuse. Vous permettez ? Maria, voulez-vous mettre un C.D., s’il vous plaît ? Laissez-vous aller, Commissaire.

Rengaine

Détendezvous
Soyez souple
C’est mieux,
Continuez
Ça va !
Vous y êtes !

Isabelle et le Commissaire, Maria et le Lieutenant commencent à valser.

—    Isabelle : Vous sentez-vous mieux, Commissaire ?
—    Le Commissaire : Peut-être. Mais revenons à mon enquête. Hier, le soir ou dans la nuit, vous n’avez pas entendu de bruits suspects ?
—    Isabelle : Mon amoureux m’a ramenée sur son scooter un peu après minuit. Tout était calme, serein. Une très belle nuit.

Dans le calme de la nuit

Dans le calme de la nuit
Aucun souffle ne bruit
Tout semble alors figé
Sous la pâle clarté
D’une lune voilée
Seule la plainte d’un hibou
Apporte un certain flou
Dans la douce nuité
La nuité.

—    Le Commissaire : Merci, Mademoiselle. Vous pouvez vous retirer, mais vous restez dans la maison. (Isabelle quitte le salon). Leblanc, vous saviez qu’elle avait un amoureux ?
—    Le Lieutenant : Oui, patron. Maria me l’avait dit. Je l’ai envoyé chercher. Il est là, il attend dans l’antichambre.
—    Le Commissaire : Qu’il entre.
—    Vincent Bonjour : Bonjour !
—    Le Commissaire : Bonjour. Quel est votre nom ?
—    Vincent Bonjour : Bonjour !
—    Le Commissaire : Bonjour ! Je vous demande quel est votre nom ?
—    Vincent Bonjour : Je vous l’ai dit. Bonjour.
—    Le Commissaire : Vous vous appelez Bonjour ?
—    Vincent Bonjour : Vincent Bonjour.
—    Le Commissaire : Quel âge avez-vous ?
—    Vincent Bonjour : Je ne sais pas.
—    Le Commissaire : Comment, vous ne savez pas ?
—    Vincent Bonjour : Ça change toujours, c’est lassant.
—    Le Commissaire : Vous connaissez votre date de naissance ?
—    Vincent Bonjour : Oui, je la connais.
—    Le Commissaire : Alors ?
—    Vincent Bonjour : Alors quoi ?
—    Le Commissaire : Votre date de naissance !
—    Vincent Bonjour : Vous m’avez demandé si je la connaissais Je vous ai répondu : oui ! Vous ne m’avez pas précisé de vous la donner. Je suis très strict en ce qui concerne l’usage de la langue française.
—    Le Commissaire : Si vous jouez au con avec moi, vous n’aurez jamais le dernier mot.
—    Vincent Bonjour : Je ne vous le fais pas dire. Je suis né le 7 Janvier 1984. C’est terrible de naître en Janvier, l’année est à peine commencée et vous avez déjà un an de plus !
—    Le Commissaire : Votre profession ?
—    Vincent Bonjour : Auteur, compositeur, interprète.
—    Le Commissaire : Et, bien sûr, vous êtes intermittent du spectacle, donc un crève la faim.
—    Vincent Bonjour : Mais qu’en termes galants ces choses-là sont dites !
—    Le Commissaire : Hein ?
—    Vincent Bonjour : C’est du Molière, un alexandrin. Un alexandrin est un vers de douze pieds. On ne vous apprend pas ça à l’école de police ?
—    Le Commissaire : Vous me prenez pour un analphabète ?
—    Vincent Bonjour : Oh non ! Je ne vous prends pas, je vous laisse. (Il se penche vers le Lieutenant). Qu’est-ce que je ferais d’un engin pareil ?
—    Le Commissaire : Je vais vous inculper pour outrage à un fonctionnaire de police judiciaire pendant l’exercice de ses fonctions.
—    Vincent Bonjour : Je vous prie de bien vouloir m’excuser ! Mes paroles ont dépassé ma pensée.
—    Le Commissaire : C’est un peu tard !
—    Vincent Bonjour : Mouillé du 14 Juillet.
—    Le Commissaire : Quoi ?
—    Vincent Bonjour : Un peu tard, boum, mouillé du 14 Juillet. C’est un classique, vous ne lisez pas l’Almanach Vermot ? C’est une grave lacune ! (Vers le Lieutenant). Il n’est pas réparable.
—    Le Commissaire (à mi-voix, au Lieutenant) : Leblanc retenez-moi, sinon je vais le massacrer !
—    Le Lieutenant : Patron, justement, je voudrais vous dire… (D’un geste le Commissaire lui intime de se taire).
—    Vincent Bonjour : Puis-je savoir pourquoi on m’a mené ici manu militari ?
—    Le Commissaire : Monsieur de Boismandé a été assassiné.
—    Vincent Bonjour : L’année commence bien ! C’est une bonne chose ! Ça m’évitera de le faire !
—    Le Commissaire : Qui me dit que vous ne l’avez pas fait ?
—    Vincent Bonjour : Qui vous dit que je l’ai fait ? Match nul.
—    Le Commissaire : Vous êtes l’amoureux de la fille de la maison.
—    Vincent Bonjour : Pas n’importe quel amoureux, l’amoureux écolo.

L’amoureux écolo

Elle est ma Juliette et je suis son Roméo
Pas n’importe quel Roméo
Un Roméo écolo.
Certains jouent au casino
Moi je joue avec les mots
Du langage des oiseaux
La vie est belle le monde est bio
Et les oiseaux là-haut
Nous distillent leurs joyaux
Si vous êtes précieux
Vous êtes près des cieux
Percevoir, c’est percer pour voir
Un contentieux
Ce n’est qu’un compte en cieux
Si pour la maladie
C’est le mal qui l’a dit,
Alors pour s’amuser
C’est l’âme qui doit s’user.
Il en existe beaucoup d’autres que je pourrais citer
Mais comme tout nectar il faut les savourer.
Je suis un drôle d’écolo Un peu fêlé mais rigolo.

—    Le Commissaire : Nous savons que vous avez reconduit votre amoureuse hier soir. Quelle heure était-il ?
—    Vincent Bonjour : Aux environs de minuit.
—    Le Commissaire : Vous n’avez rien remarqué de suspect ? Un cri ? Un bruit ?
—    Vincent Bonjour : C’était une nuit calme, paisible, que seul le cri du hibou a troublée.
—    Le Commissaire : Et qu’avez-vous fait, alors ?
—    Vincent Bonjour : Je suis rentré chez moi et me suis couché.
—    Le Commissaire : Quelqu’un peut-il le confirmer ?
—    Vincent Bonjour : Non, je vis seul. Mon chat, peut-être ? Quand il pousse un “miaou” très long, ça veut dire oui. Très court c’est non.
—    Le Commissaire : Vous n’avez donc pas d’alibi.
—    Vincent Bonjour : Non. Je n’ai tué personne. Dans une autre vie, peut-être, sous le pseudonyme de Ravaillac ? Qui sait ?
—    Le Commissaire : De quoi vivez-vous ?
—    Vincent Bonjour : J’ai un travail à mi-temps.
—    Le Commissaire : Lequel ?
—    Vincent Bonjour : Je suis manutentionnaire chez un commissaire priseur.

Je suis manutentionnaire chez un commissaire priseur

Je suis manutentionnaire
Chez un commissaire priseur
Un boulot pas ordinaire
Pour un drôle de labeur
Je travaille le lundi
Mardi c’est mes R. T. T.
Je fais grève le mercredi
Et je vais au défilé
Comme je suis fatigué
Le jeudi le vendredi
J’suis en congé maladie
Mais quand vient le samedi
Avec mes potes au café
On belote toute la journée
Le soir on va au ciné
Mais le dimanche, épuisé,
Je fais la grasse matinée
Jusqu’à l’heure du dîner
Je me recouche aussitôt
Pour être en forme au boulot.
Ah! braves gens de France ou bien d’ailleurs
Ayez pitié d’un pauvre travailleur
Qui s’échine au boulot et vit bien chichement
Avec fort peu d’espoirs de vivre très longtemps
Direz à vos enfants, que vous m’avez connu
Que je fus un saint homme bien trop tôt disparu
Amen.

Pendant tout le dialogue précédent, le Lieutenant a essayé d’intervenir auprès du Commissaire, mais celui-ci, d’un geste de la main, l’a repoussé à chaque fois.

—    Le Commissaire : Vous pouvez disposer, mais vous restez dans la maison.

Vincent Bonjour sort et le Lieutenant vient vers le Commissaire.

—    Le Lieutenant : Patron, j’ai des renseignements sur l’amoureux de la fille de la maison.
—    Le Commissaire : Quoi ?
—    Le Lieutenant : Il est lauréat du C.N.S.M.D.P.
—    Le Commissaire : Qu’est-ce que c’est que ce bestiau ?
—    Le Lieutenant : Le Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris. Il est aussi sociétaire stagiaire de la S.A.C.E.M.
—    Le Commissaire : C’est quoi, encore ?
—    Le Lieutenant : La Société des Auteurs, Compositeurs et Editeurs de Musique. Il a aussi une licence de droit.
—    Le Commissaire : Et son diplôme d’emmerdeur ?
—    Le Lieutenant : Cerise sur le gâteau, que j’ai essayé de vous dire.
—    Le Commissaire : Quoi encore ?
—    Le Lieutenant : Quel est son nom ?
—    Le Commissaire : Bonjour !
—    Le Lieutenant : Ça ne vous dit rien, patron ?
—    Le Commissaire : Je ne vois pas.
—    Le Lieutenant : Comment s’appelle le nouveau Préfet ?
—    Le Commissaire : Bon… Bonjour… Ce n’est pas le…
—    Le Lieutenant : Si, c’est le fils du Préfet.
—    Le Commissaire : Vous ne pouviez pas me le dire plus tôt ?
—    Le Lieutenant : Mais, patron, j’ai essayé, mais vous…
—    Le Commissaire : Ça suffit ! Je ne suis vraiment pas aidé. Allez le chercher, vite fait.

Le lieutenant sort, revient peu après avec Vincent Bonjour et quitte la scène.

—    Le Commissaire : Je voulais vous dire, jeune homme, je suis parfois brusque dans ma façon de parler, dans mes jugements, ce qui ne m’a pas empêché d’apprécier vos qualités, qui sont nombreuses.
—    Vincent Bonjour : Ne vous fatiguez pas, Monsieur le Commissaire, j’en déduis que vous venez d’apprendre de qui je suis le fils. N’ayez aucun regret, mon père et moi sommes fâchés, nous ne nous parlons plus, nous ne nous voyons pas.

Il fait le salut militaire et sort.
On entend des cris en coulisse.

—    Le Commissaire : Qu’est-ce que c’est que ce vacarme ?
—    Le Lieutenant (qui entre avec un clochard) : Cet homme rôdait autour de la maison, patron. C’est un S.D.F. J’ai vérifié, ses papiers sont en règle.

Le roi Dagobert

—    Le Commissaire : Quel est votre nom ?
—    Dagobert : Dagobert.
—    Le Commissaire : Comme le roi ?
—    Dagobert : Oui ! Mais moi j’ai la culotte à l’endroit.
—    Le Commissaire : Profession ?
—    Dagobert : Sans.
—    Le Commissaire : De quoi vivez-vous ?
—    Dagobert : Pendant un temps, trop court hélas, j’ai vécu de la fortune de mon père. Comme je n’avais jamais travaillé, j’ai décidé de continuer. Je fais parfois des petits boulots, ou bien la manche. A ce propos, vous n’auriez pas une petite pièce ou un ticket restaurant à me donner ?
—    Le Commissaire : Où vivez-vous ?
—    Dagobert : En pleine nature. C’est formidable. Je vais où je veux, quand je veux. Je ne paie pas d’impôts. Je suis un homme libre.
—    Le Commissaire : Pas de domicile fixe. Vous dormez à la belle étoile ?
—    Dagobert : Quoi de plus beau ?

Dormir à la belle étoile

S’endormir en regardant les étoiles
Sous un ciel limpide, sans aucun voile
On oublie tous ses tracas ses soucis
C’est pour moi le seul le vrai paradis.
Le doux pépiement des oiseaux au réveil
Qui vient vous tirer doucement du sommeil
Voir la lune là-haut céder sa place au soleil
Je ne connais rien au monde, rien de pareil.
S’endormir en regardant les étoiles
Sous un ciel limpide, sans aucun voile
On oublie tous ses tracas ses soucis
C’est pour moi le seul le vrai paradis.
Humer la rosée au petit matin
L’herbe coupée la lavande ou le thym
Les tons flamboyants du soleil couchant
Des coquelicots aux abords d’un champ
On a l’impression de vivre un tableau
De Monet, de Renoir ou bien de Corot.
S’endormir en regardant les étoiles
Sous un ciel limpide, sans aucun voile
On oublie tous ses tracas ses soucis
C’est pour moi le seul le vrai paradis.

—    Le Commissaire : Pourquoi rôdiez-vous autour de cette maison ?
—    Dagobert : Parce que je l’ai trouvée jolie et je voulais la voir sous tous ses plans.
—    Le Commissaire : Et vous ne saviez pas que, dans cette maison, un crime a été commis la nuit dernière ?
—    Dagobert : Ah !
—    Le Commissaire : Vous connaissez l’adage : « l’assassin revient toujours sur les lieux de son crime ».
—    Dagobert : C’est pas malin !
—    Le Commissaire : Et vous, vous n’êtes pas malin non plus. Asseyez-vous dans ce salon et n’en bougez plus.


Ah quel métier

Le C. : Lequel est l’assassin
                      Mais qui est son complice ?
                         Qu’en pensez-vous Leblanc ?
Le L. : Pour être franc,
         Celui qui a tué
                      Pour moi est l’assassin,
            Celui qui l’a aidé
                            Pour moi est son complice !
Le C. : Digne raisonnement
             Du sieur de La Palice
Le L. : Le sieur de La Palice
Duo : Mais qui ne permet pas
         D’avancer à grands pas

Le C. : Ah quel métier que d’enquêter
Le L. : Oui, quel métier que d’enquêter
Le C. : De cogiter, de méditer
Le L. : De cogiter, de méditer
Le C. : Et de peser le pour, le contre
Contre la montre

Le L. : Contre la montre
Le C. : Mais arrêtez de répéter ce que je dis
Pauvre abruti

Le C. : Ah quel métier que d’enquêter
Le L. : Oui, quel métier que d’enquêter
Duo : De cogiter, de méditer
Ah quel métier

Oui, quel métier

—    Le Commissaire : Leblanc ! Réunissez tous les gens de cette maison. Qu’ils s’assoient autour de cet homme.


Lorsque tous furent assis, le Commissaire se redressa de toute sa taille.

Halali

—    Le Commissaire : L’assasin est assis à cette table. Vous aviez tous de bonnes raisons pour tuer. Vous, Madame de Boismandé, vous m’avez déclaré que votre mari était devenu une créature du Diable et que le Seigneur devait le punir. Vous, Mademoiselle Isabelle, c’est à cause de cet homme que vous êtes restée si longtemps en pension. Vous, l’amoureux écolo, vous vous êtes réjoui de sa mort comme si vous étiez l’assassin. Vous, Maria, vous êtes trop bête pour envisager un meurtre de sang froid, mais vous êtes peut-être complice de ce meurtre. Vous, enfin, le clochard, qui rôdiez autour de la maison, comme si vous cherchiez à retrouver une preuve compromettante. Il se peut aussi que vous soyez tous coupables. La mère, la fille, l’amoureux, la bonne pour nous donner des horaires bidon et vous Dagobert pour avoir fait disparaître le corps, moyennant quelques billets d’euros. Je me dois de tous vous arrêter et de vous transférer au commissariat en garde à vue en attendant qu’un magistrat vous inculpe pour assassinat avec préméditation.

On entend alors une forte voix en coulisse qui crie : « Mais laissez-moi entrer, nom d’une pipe, je suis chez moi ! » Enguerrand de Boismandé entre en scène, la tête recouverte d’un gros pansement.

—    Enguerrand de Boismandé : Qu’est-ce qu’il se passe ? Que font tous ces gens dans ma maison ?
—    Le Commissaire : Mais vous n’êtes pas mort ?
—    Enguerrand de Boismandé : On m’a cru mort parce qu’on a trouvé des traces de sang dans ma chambre ? Je vais vous expliquer.

Récit

Je me souviens
D’avoir trop bu de whisky
Je titubais
Je slalomais
Comme sur des skis
J’étais groggy,
J’étais flapi
Et j’ai glissé sur le tapis
En tombant ma tête a heurté
La cheminée sur le côté
Et plus rien, le noir absolu
Comme si je n’existais plus
Je me souviens d’avoir rêvé
D’un décor un peu éthéré
J’avais des ailes et je volais
Au-dessus des maisons je planais
Me baguenaudais dans les cieux
Je trouvais cela délicieux
Lorsque le gong a retenti
J’ai pu recouvrer mes esprits
Quand la bonne a laissé tomber
Le plateau du p’tit déjeuner
Cette pauvre fille est nunuche
Pas plus futée qu’une perruche.
J’étais dans un état piteux,
Le crâne fendu jusqu’aux yeux.
Je suis sorti par le jardin,
En vélo j’ai pris le chemin
Qui m’a mené à la clinique.
Résolument et sans panique
J’ai expliqué mon aventure
On m’a fait des points de suture
On m’a pansé et bichonné
Et maintenant je suis rentré.

Dagobert se lève. Il retire son bonnet, laisse tomber son manteau par terre.

—    Dagobert : Ça suffit. La comédie a assez duré ! Commissaire Principal Dagobert, Police Judiciaire, Brigade Financière, Unité Spéciale. Nous enquêtons depuis des mois sur cet individu (il montre Boismandé). Blanchiment d’argent, détournement de fonds, trafic de drogue plus ou moins en liaison avec la Mafia.
—    Enguerrand de Boismandé : Je proteste, c’est faux. Je veux mon avocat.
—    Dagobert : Vous allez le retrouver bientôt. Il est en détention préventive. Il a tout avoué et vous a chargé au maximum pour se couvrir. Je continue. Boismandé n’existe pas. C’est un lieu-dit d’Ile et Vilaine. Le vrai nom de ce monsieur est Sébastien Martin. Nous savons qu’il s’était engagé dans la Légion Etrangère. Puis il disparait et comme le phénix, il renait de ses cendres sous ce pseudonyme. Fondé de pouvoir dans des sociétés bidons d’Import-Export, situées dans des îles lointaines, il fait fortune. Il nous manquait encore quelques éléments pour pouvoir l’inculper. Heureusement, ma collaboratrice, le Lieutenant Gladys, ici présente, s’en est chargée. (Maria se lève). Félicitations, Gladys, vous avez joué votre rôle de bonniche nunuche à la perfection. On ne se méfie pas d’une bonne dont le Q.I. râcle le parquet. Elle a donc pu poser des micros dans la chambre et le bureau du maître de maison. Et, surtout, elle a photographié des documents qui auraient dû rester secrets. Le dossier est complet. Nous pourchassons les fraudeurs sans cesse.

Les fraudeurs

Nous pourchassons partout les fraudeurs
Les usuriers, les faussaires, les tricheurs,
Les coquins, les faquins
Vivant de leur butin
Qui blanchissent l’argent des voleurs
De ces individus sans honneur.
Des enquêtes, des filatures
Et des planques dans la nature,
Ou dans des endroits insolites
Que notre fonction nécessite
Des écoutes téléphoniques,
Des documents photographiques
Tel est notre lot quotidien
Pour la justice et pour le bien.
Nous pourchassons partout les fraudeurs
Les usuriers, les faussaires, les tricheurs,
Les coquins, les faquins
Vivant de leur butin
Qui blanchissent l’argent des voleurs
De ces individus sans honneur.

—    Le Commissaire : Pourquoi n’intervient-on pas directement dans ces îles lointaines où tout cet argent atterrit ?
—    Maria : Parce que les législations de ces pays ne nous le permettent pas. Si elles aident les fraudeurs, elles en vivent aussi. Ce sont de vrais paradis fiscaux.

Les paradis fiscaux

Dans les paradis fiscaux
On ne paye pas d’impôts
Il suffit de secouer
Tendrement le cocotier
Pour qu’il tombe des lingots
Dans les paradis fiscaux
L’avenir est toujours beau
Il ne faut pas s’inquiéter,
Il suffit de se baisser
Pour ramasser les lingots.
Au doux trémolo de l’eau
Sur le rivage allongé
Les doigts de pied écartés
Ah! mon Dieu comme il fait beau
On oublie tous ses soucis
On savoure la joie de vivre
Et du bonheur on s’ennivre
C’est vraiment le paradis.
Dans les paradis fiscaux
On ne paye pas d’impôts
Il suffit de secouer
Tendrement le cocotier
Pour qu’il tombe des lingots
Dans les paradis fiscaux
L’avenir est toujours beau
Il ne faut pas s’inquiéter,
Il suffit de se baisser
Pour ramasser les lingots.
Mais il faut bien certains jours
Oh la la quel sacrifice
Se lever quand même pour
Encaisser les bénéfices
Mais dès que c’est terminé
On retourne sur le rivage
Pour cueillir des coquillages
Et retrouver la beauté.
Dans les paradis fiscaux
On ne paye pas d’impôts
Il suffit de secouer
Tendrement le cocotier
Pour qu’il tombe des lingots
Dans les paradis fiscaux
L’avenir est toujours beau
Il ne faut pas s’inquiéter,
Il suffit de se baisser
Pour ramasser les lingots.

Vincent Bonjour se lève en bondissant de son siège.

—    Vincent Bonjour : Ça y est ! Eureka ! Je viens de trouver le sujet de ma prochaine comédie musicale ! Ce sera ce qui s’est passé ce matin dans cette maison. Vous en serez tous les personnages.
—    Le Commissaire : Je serai le personnage principal ?
—    Vincent Bonjour : Non, ce sera moi ! Vous, vous serez le Bouffon !
—    Isabelle : Et quel titre donneras-tu à ta pièce ?
—    Vincent Bonjour : Comme nous sommes le premier Janvier, pourquoi pas « Bonne et heureuse année ? »

Le lieutenant intervient précipitamment.

—    Le Lieutenant : Patron ! On vient de nous signaler un assassinat à trois rues d’ici. Mais le cadavre a disparu !
—    Tous : On ne va pas tout recommencer ! Non ! On a déjà donné !
—    Le Commissaire : On ne va pas se quitter comme ça ?
—    Vincent Bonjour : Allez, encore une ritournelle pour la route.

Ritournelle

Encore, encore, encore, une ritournelle
Ça donne des ailes,
Ça rend la vie belle
Encore, encore, encore une chansonnette,
Deux ou trois couplets,
Un ou deux refrains
Qu’on a dans la tête
En France tout commence par des chansons
Et tout se termine à l’unisson
De génération en génération
C’est la tradition
Troubadours et Trouvères au Moyen-Age
Et noble chevalier ou jeune page
Dans toutes les cours et dans les chaumières
On chantait toujours :
Encore, encore, encore, une ritournelle
Ça donne des ailes,
Ça rend la vie belle
Encore, encore, encore une chansonnette,
Deux ou trois couplets,
Un ou deux refrains
Qu’on a dans la tête
Depuis Paul Delmet et Charles Trénet
En passant par Brel, Brassens, Ferré, Aznavour, Ferrat,
Toutes leurs chansons nous ont enchantés
On fredonne on chantonne plus ou moins bien
Quand on fait la vaisselle ou dans son bain
Trois notes de musique
Et soudain la vie devient fantastique.
Encore, encore, encore, une ritournelle
Ça donne des ailes,
Ça rend la vie belle
Encore, encore, encore une chansonnette,
Deux ou trois couplets, Un ou deux refrains
Qu’on a dans la tête
Toujours des chansons.

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