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LIVRET OPERA

licence d'entrepreneur de spectacle n° 2-1022880

Premier acte
Deuxième acte
Troisième acte
Quatrième acte

 

 PREMIER ACTE

L'orée d'un bois, une cabane

Récitant : Il y a longtemps tellement longtemps, qu'on ne se souvient plus de la date. Dans une vallée désolée, sans âme qui vive. Un pauvre moine prêcheur égaré s'adosse au tronc d'un arbre et prie le Seigneur.

Le Prêcheur sort du bois

Prêcheur : Ô, Seigneur, pourquoi m'abandonner ainsi ? J'ai marché, marché pendant des jours et des jours, je suis épuisé. Ma pauvre mule est tombée dans une gorge profonde, elle a souffert, je l'ai bénie. Je me suis égaré dans la forêt hostile. Je n'ai rien bu rien mangé, je n'en peux plus. Ô, Seigneur, pourquoi m'abandonner ainsi ? Je n'ai plus rien que ma foi !
Récitant : Le pauvre s'est évanoui.
Sorcière, de la cabane : File, file la douce laine, file, file mon vieux rouet, file, file la douce laine, file, file, entre mes doigts.
Prêcheur : Je délire, j'entends une voix.
Sorcière : File, file la douce laine, file, file mon vieux rouet, File, file la douce laine, file, file, entre mes doigts. Oh! j'entends une plainte Oh! le pauvre homme !
Prêcheur : A boire
Sorcière : Je vais vous soigner.

Elle l'emmène dans la cabane

Récitant : Et le destin va tisser sa toile autour d'eux.

R : Pendant des heures et des heures, il est resté entre la vie et la mort. Elle l'a soigné comme la mère soigne son enfant.

A l'intérieur de la cabane

P : Où suis-je ?
S : Ne bougez pas, vous êtes guéri.
P : Qui êtes-vous ?
S : Une sorcière.
P : Une sorcière ! Vous n'avez pas le nez crochu, pas de pustules sur le visage, vous n'êtes même pas édentée, pas de crapauds autour de vous !
S : Depuis longtemps dans ce village ma mère soignait les pauvres gens et je l'aidais le plus souvent. Hélas un jour un homme est mort. On l'accusa de sorcellerie, d'être possédée du démon, fut torturée et condamnée au bûcher. Je me suis enfuie dans la montagne. Un vieux berger, que ma mère avait sauvé, m'a cachée. Quand je revins au village, les habitants s'étaient enfuis et les soldats avaient tout brûlé. Rien, rien, il ne restait rien, que cette cabane.
P : Je vais prier pour le salut de votre mère, priez avec moi.
S : Non, je ne le peux pas, je ne suis pas de votre religion, j'appartiens au Judaïsme

Il s'agenouille et prie

R : Le destin les tient tous deux, au fond de sa nasse et ils ne pourront plus s'en échapper. A moins qu'un miracle ne se produise soudainement. Mais quel miracle serait encor possible, je n'en vois qu'un, bien sûr, c'est l'amour.

Le lendemain matin, au lever du jour

S : Où êtes-vous ?
P : Ici, j'écoutais le bruissement des feuilles, sous la faible brise matinale, quelle douce musique si calme et si sereine qui se mêle aux chants d'oiseaux
S : Je vous croyais parti ?
P : Non, pas encor mais bientôt.
S : Pourquoi ?
P : Je ne peux pas rester.
S : Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?
P : Quand votre doux regard sur moi se pose, je ressens un trouble étrange, fait de crainte et de bonheur. Votre visage m'obsède le jour et la nuit quand je regarde le ciel, c'est vous, c'est vous que je vois. Mon cur se met à battre beaucoup plus vite et ma vue se trouble je perds la tête. J'ai envie de vous prendre dans mes bras, de vous serrer très fort, très fort ! Je dois avouer que je vous aime.
S : Je ressens moi aussi les mêmes sentiments. Je me sens revivre. J'oublie mes angoisses. Et l'espoir renaît en moi. Près de vous je me sens ressusciter. Le sourire parfois revient sur mes lèvres. Je suis presque heureuse et j'ai honte de l'avouer, mon cur bat plus vite quand je suis auprès de vous. Je ne cesse de penser à vous. Je me sens plus légère et presque insouciante quelques instants le temps de rêver. Je dois dire aussi que je vous aime.
S : Les soldats !
P : Cachez-vous derrière ce tas de bois.

Entrée des soldats

Cap : Bonjour mon père.
P : Que cherchez-vous ?
Cap : Nous cherchons une femme assez jeune et brune qu'un marchand ambulant aurait vue ici.
P : Qui est-ce ?
Cap : C'est la fille d'une sorcière, qui tua bien des pauvres gens. L'avez-vous vue ?
P : Je suis seul ici.
Cap : Et ce rouet ?
P : Je l'apporte à ma mère.
Cap : Voulez-vous qu'une escorte vous accompagne ? Les chemins ne sont pas des plus sûrs ici.
P : Je ne crains rien.
Cap : Adieu mon père.

Les soldats sortent

P : Ils sont partis, vous pouvez sortir.
S : J'ai eu peur, si peur.
P : C'est fini, fini. Il faut partir.
S : Partir, mais où aller ?
P : Dans une abbaye à quelques lieues d'ici. Les surs vous accueilleront en leur grande bonté. Vous aurez enfin en ces lieux la paix de l'âme. Vous serez alors à l'abri de tout danger. Vous serez sauvée, sauvée.
S : Comment y aller ?
P : Nous partirons à la nuit, vous mettrez ma robe de bure, la capuche sur les yeux masquera votre visage.
S : Et vous ?
P : Je serai vêtu de haillons, la tête sous une étoffe. Vous serez Frère Vincent conduisant un pauvre lépreux à l'hospice.
S : Vous croyez que ça réussira ?
P : Dieu nous protègera, venez !

R : Le destin ne néglige rien. Tout y est : le danger, la peur, l'amour et l'espoir.

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DEUXIEME ACTE

Une salle dans l'abbaye

R : Depuis près d'un mois elle est là, dans cette abbaye. Elle aide les soeurs et elle les soigne aussi. Chaque jour il vient la voir, après la prière du soir.
Choeur : Kyrie eleison Christe eleison

Sortie des soeurs

S : Je désespérais de vous voir ce soir.
P : J'attendais la fin des prières, j'étais là, derrière un pilier.
S : Je voudrais être loin, très loin, pouvoir vivre avec vous déjà et ne plus me cacher, enfin vivre au grand jour, enfin.
P : Nous partirons bientôt sous des cieux plus cléments, enfin ! Vous pourrez vivre alors sans angoisse et crainte aucune.
S : Je voudrais tant y croire vraiment, être sûre du destin, demain. J'ai envie de revivre et de m'épanouir avec vous.

Duo
S
: Nous partirons tous deux bientôt sous des cieux plus cléments pour nous.
P : Nous partirons tous les deux sous d'autres cieux plus cléments.
S : Nous serons enfin libres et pourrons nous aimer toujours.
P : Nous serons libres et pourrons nous aimer, nous aimer pour toujours.
S : Bientôt
P : Bientôt
S : Que se passera-t-il ?
P : Venez.

Ils sortent. Deux soldats amènent un blessé, les surs les entourent.

Soldats : Nous sommes tombés dans une embuscade. Notre capitaine est blessé.

Aux soldats

Mère sup. : Couchez-le sur ce banc.

Aux soeurs

Mère sup : Donnez à ces braves une soupe bien chaude.

Le prêcheur entre.

P : Que se passe-t-il, ma mère ?
MS : Des soldats sont venus et leur chef est blessé. Il est mon neveu. Il souffre beaucoup et perd tout son sang.
P : Que peut-on faire ?
MS : Votre protégée pourrait le soigner ou du moins essayer, voulez-vous le lui demander ?
P : Mais ma mère !
MS : Je vous en prie.
P : Vous avez entendu ?
S : Oui.
P : Il faut partir.
S : Pourquoi ?
P : L'officier blessé est celui qui vous recherche, partez !
S : Je ne peux pas le laisser souffrir.
P : Vous ne les connaissez pas, ce ne sont que des soudards ivrognes qui pillent et qui violent sous couvert de la loi. Je n'ai pas toujours été moine, j'ai commandé un régiment, j'ai connu les pires horreurs, j'ai renoncé aux titres et aux honneurs, la religion m'a sauvé. Je vous en conjure ne le soignez pas, vous courrez à votre perte.
S : Je ne peux pas le laisser souffrir.

La mère supérieure, quelques soeurs et deux soldats entrent et sont au chevet du blessé. La sorcière s'approche du groupe, suivie du prêcheur.

MS : Il reprend connaissance
Cap : Je vous ai déjà vu, mon père. Et cette femme, qui est-elle ?

La sorcière a un mouvement de recul. Aux soldats :

Cap : Arrêtez-la.

Le prêcheur s'empare de l'épée du capitaine et se place devant la sorcière.

Soldat : Ne m'obligez pas, mon père.
P : Je suis le chevalier de Prayssac, je sais me battre.

Le soldat hésite Le prêcheur engage le combat avec les deux soldats. Premier soldat blessé
Deuxième soldat blessé Le prêcheur et la sorcière s'enfuient La mère supérieure s'agenouille

MS : pardonnez-leur, mon Dieu !

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TROISIEME ACTE

Une salle d'auberge : l'aubergiste, la sorcière, les clients.

R : Après leur fuite de l'abbaye, ils sont allés vers le sud. Ils ont marché chaque nuit, se cachant le jour. Ils se nourrissaient de fruits cueillis au hasard des chemins. Ils se sont arrêtés dans une bourgade. Un aubergiste les a recueillis, et il l'a prise comme serveuse. Elle a accepté pour subsister quelque temps.

Choeur des clients : A boire, à boire, à boire, cabaretier de malheur, à boire.
Aub : Tout de suite Messieurs.
Ch : A boire, à boire, à boire et donne nous de ton vin le meilleur.
Aub : Voilà, Messieurs.
Ch : La serveuse est jolie, un peu farouche. Buvons, buvons, buvons. A la santé du bon roi Henri
Aub : Santé, Messieurs.
Ch : Buvons, buvons, buvons. Pour oublier nos soucis, nos ennuis.

Ils se lèvent et sortent.

Choeur : Adieu l'ami.
Aub : A vous revoir, Messieurs.

A la sorcière.

Aub : Débarrasse la table, et n'oublie pas de sourire aux clients. Je vais à la cave m'occuper du vin.

Elle débarrasse la table Le prêcheur entre.

P : Je peux parler librement ?
S : Oui, je suis seule.
P : J'ai trouvé un homme qui peut nous sauver, il nous conduira au duché de Savoie.
S : Ah! quelle heureuse nouvelle !
P : Mais il faut le payer.
S : Comment trouver l'argent ?
P : Je vais essayer de vendre un bijou, c'est un médaillon qui me vient de ma mère.
S : Oh! Quelle merveille !
P : Je vais le vendre à l'aubergiste.
S : Méfiez-vous de lui il est fourbe et mauvais.
P : Je vais essayer.
S : Je l'entends, je vous laisse.

L'aubergiste entre.

Aub : Que me voulez-vous ?
P : Vous parler.
Aub : Alors faites vite, je suis pressé.
P : Regardez ce médaillon.

Il le lui montre

Aub : Et alors ?
P : Je veux le vendre.
Aub : Et alors ?
P : Voulez-vous l'acheter ?
Aub : Et pourquoi je l'achèterais ?
P : J'ai besoin d'argent pour partir très loin d'ici.
Aub : Vous pensez partir bientôt ?
P : Oui, le plus tôt possible.
Aub : Vous partiriez sur l'heure ?
P : Sur l'heure
Aub : Je vais réfléchir, revenez plus tard.

Le prêcheur sort. A la sorcière.

Aub : Approche-toi, j'ai à te parler. Écoute-moi bien. Si tu voulais la belle, ici tu serais reine. On te respecterait partout, on t'envierait aussi. Je te rendrais heureuse, tu serais sans soucis. Si tu voulais la belle tu aurais des bijoux, de jolies robes dans les plus beaux tissus. Si tu voulais la belle, si tu voulais Lorsque ma femme est morte, je me suis trouvé seul avec ce pauvre enfant dont tous les gens se moquent. J'ai travaillé sans cesse et fait de cette auberge un relais renommé. Mais je suis las de vivre seul ! La belle, si tu voulais ! Alors ?
S : Non.
Aub : Pourquoi ?
S : Je ne vous aime pas.
Aub : Qui parle d'amour ? Tu n'as rien à attendre de ton compagnon qui n'est qu'un pauvre gueux.
S : C'est lui que j'aime, c'est lui que j'aime, il m'a tout apporté : la paix de l'âme, l'espérance et l'amour. Je ne pourrais plus vivre sans lui ! Il est tout pour moi. Je ne suis rien sans lui. Oui je l'aime, oui je l'aime plus que tout. Je suis à lui pour toujours. Je l'aimerai jusqu'à la mort même au delà.
Aub : Tant pis pour toi. Tu n'es qu'une sotte, retourne laver les godets.

L'idiot entre.

Aub : Viens ici petit. Tu vas aller chez le Prévôt, tu lui diras qu'on m'a volé un bijou et de l'argent, répète.
Idiot : Le évôt a olé le ijou et l'agent.
Aub : Non ce n'est pas notre Prévot qui a volé le bijou et l'argent à papa, c'est quelqu'un d'autre. Répète.
Idiot : Est papa a olé le ijou et l'agent.
Aub : On m'a volé de l'argent et un bijou, vas le dire au Prévôt pour qu'il vienne.
Idiot : On a olé de l'agent à papa, le évôt va veni pou puni les méchants, méchants, méchants, méchants.
Aub : Cours chez le Prévôt et dis-lui de venir.

L'idiot sort et se heurte au prêcheur.

Aub : Ah! Je vous attendais. Asseyez-vous là, je vais chercher l'argent.
S : Méfiez-vous de lui, il cherche à vous perdre.
P : Je sais, j'ai tout entendu, j'étais là derrière la porte. Ce n'est rien. J'ai trouvé nos sauveurs, une troupe ambulante rencontrée sur la route.
S : Quel bonheur, j'ai du mal à y croire !

Elle se serre dans ses bras.

P : Je vais les retrouver, et je reviens vous chercher.
S : Je vais avec vous.
P : Non, il faut être prudents.
S : Pourquoi ?
P : Attendons la nuit noire.
S : Je vous aime, revenez vite.

En sortant le prêcheur se heurte à l'idiot qui revient.

Idiot : Le évôt est as là, le évôt est as là.

Rentrée de l'aubergiste. A la sorcière

Aub : Où est- t'il ?
Idiot : le évôt est as là.

L'aubergiste écarte son fils

Aub : Où est-il ?
S : Parti chercher le bijou.
Aub : Je vais l'attendre.

L'aubergiste compte ses pièces d'or.
Entrée du capitaine et de deux soldats.
La sorcière reste de dos.

Cap : Oh! là, l'aubergiste.
Aub : Monsieur l'officier.
Cap : Pouvez-vous nous loger pour la nuit ?
Aub : Certainement, monsieur l'officier.

A la sorcière.

Aub : Vas préparer les chambres.

Elle sort. Le capitaine et les soldats s'assoient à une table.

Aub : Je vais vous donner le meilleur de mes vins. Je le réserve aux amis.

Il prend une carafe et des godets et s'assied à la table du capitaine.

Aub (confidentiel) : Monsieur l'officier, on m'a volé une somme d'argent et des bijoux. Je connais mon voleur, il va venir ici, monsieur l'officier pourrez-vous l'arrêter ?
Cap : Nous verrons.
Aub : Le Prévôt n'est pas là, de grâce, arrêtez-le.
Cap : Attendez au moins qu'il revienne vous voir ici.

Entrée de la troupe Cesarini, tous sont masqués y compris le Prêcheur.

P : Souffrez, mes seigneurs, qu'avant de quitter votre charmante cité Souffrez mes seigneurs, que la troupe del signor Cesarini vous donne une sérénade « Gratis » mes seigneurs, « gratis » mes seigneurs, mais si vous insistez pour nous donner quelques piécettes d'or ou d'argent, nous accepterons uniquement pour vous faire plaisir.

Méfiez-vous d'Arlequin, c'est un coquin ! (musique)

Résisterez-vous longtemps au charme de la douce Isabelle ? (musique)

Vous allez trembler mes seigneurs, devant le redoutable Matamore. (musique)

La belle Colombine est une vraie mutine. (musique)

Ils sortent. Arlequin en profite pour dérober les pièces d'or de l'aubergiste.

Aub : Je n'y comprends plus rien.
Cap : La nuit vous portera conseil. Nous partirons demain au lever du jour. Je dois être reçu par le Duc de Savoie après la repue de midi.

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QUATRIEME ACTE

Paysage de montagne sur une colline.
Au fond la roulotte de la troupe Cesarini.

R : Les pauvres innocents Ils se croient à l'abri au Duché de Savoie, comme si le Destin les avait oubliés ! Les pauvres innocents ! S'ils savaient ce qui les attend !

Le prêcheur et la sorcière sont assis enlacés sur un banc.

S : Les nuits sont douces en ces lieux et l'air si pur ! Que de beauté tout autour de nous ! Je suis heureuse enfin, auprès de vous, mon amour, mon tendre amour. Je crois rêver, je ne sais plus où je suis. Peut-être bien au paradis Ah! quel bonheur ! Je suis heureuse. Je voudrais que le temps s'arrête soudainement, et rester ainsi pour l'éternité, pour l'éternité.
P : Dans cette douce nuit, aux saveurs de l'été, il flotte un parfum de liberté. Et nos deux curs, plus que jamais sont unis dans la paix retrouvée. Mais jamais je n'aurais pensé pouvoir aimer, aimer aussi fort ! Je crois que Dieu nous a pardonnés. Nous allons vers une autre vie, où tout sera simple et juste.

Cesarini sort de la roulottte suivi par les membres de sa troupe. Il explique, par gestes, qu'il va tenter une expérience. Il place quelques bûches devant la roulotte Demande à Isabelle de monter sur les bûches Répand un liquide sur celles-ci Y met le feu. Un immense rideau de fumée apparaît. Lorsqu'il se dissipe, Isabelle a disparu. Devant l'étonnement de ses amis, Cesarini fait le pitre. Il arrose encore les bûches Y met le feu Nouveau rideau de fumée. Lorsqu'il se dissipe Isabelle reparait. Il place quelques bûches devant la roulotte

S : Cesarini a du génie, quel dommage qu'il soit muet !
P : En aurait-il autant s'il ne l'était pas ? Cesarini dans sa jeunesse fut prisonnier des barbaresques. Il s'évada mais fut repris. Il subit les pires tortures, et pour l'empêcher de crier on lui coupa la langue. Il fut laissé pour mort. Des nomades le recueillirent. Ils le soignèrent et lui apprirent à parler par gestes. Ils l'initièrent à la magie. Cesarini est un génie ressuscité.
S : Je me souviens d'une nuit, avec ma mère. Nous étions cachées par peur des soldats ! J'étais blottie dans ses bras, et elle me chantait une mélopée. Je crois l'entendre encor. J'ai peur de la nuit et pourtant je l'aime. J'ai peur de la nuit, de la nuit sans rien, de la nuit sans fin. Une nuit d'attente, une nuit d'angoisse. Mais après la nuit le jour renaîtra et tout sera beau, clair et lumineux. Je me souviens de cette nuit, près de ma mère.
P : C'est fini, vous ne craignez plus rien.
S : Plus rien.
P : Non, plus rien.

Le capitaine surgit, suivi de soldats armés de pistolets.

Cap : Ne bougez pas. Vous ne m'échapperez plus cette fois. Je vous ai vus ce tantôt sur la place avec les histrions. Je vous ai fait suivre discrètement.
P : Que voulez-vous ?
Cap : Que justice soit faite enfin.
P : Donnez-moi une épée et réglons cette affaire en un combat loyal.
Cap : Si vous faites un pas de plus je vous brûle la cervelle. Cette femme est une sorcière, elle doit payer ses crimes et connaître les flammes sur la terre avant celles de l'enfer.

Cesarini essaie de se faire comprendre par gestes.

Cap : Que veut cet homme en s'agitant ainsi ?
P : Il est muet.
Cap : Que veut-il dire?
P : Ceci : Il vous dit qu'il regrette de nous avoir aidés car il ne savait pas qui nous étions.
Cap : Cet homme est bon chrétien. Il faut en finir. Je vous épargnerai, monsieur de Prayssac, puisque vous êtes noble, mais j'espère que le remords vous rongera les os du crâne pour l'éternité.

Aux soldats.

Cap : Ajoutez quelques bûches et plantez un piquet dans la terre faites vite qu'on en finisse.

Cesarini s'agite.

Cap : Que veut-il encore ?
P : Il dit que dans ce pays les suppliciés sont en chemise avec un voile sur la tête.
Cap : Préparez-la.

Cesarini et Isabelle emmènent la sorcière dans la roulotte. La sorcière sort de la roulotte. Deux soldats la mènent au bûcher.

S : Oh! non ne pleurez pas, je meurs heureuse de vous avoir connu, je n'ai pas peur de la mort. Je l'ai frôlée tant de fois dans ma vie, qu'elle m'est devenue familière. Je ne la crains plus. Oh! Non, ne pleurez pas, je vous en supplie mon amour.

Les soldats lui mettent un voile sur la tête.

Cap : Mettez le feu aux bûches !

Immense rideau de fumée. Lorsqu'il se dissipe, les flammes envahissent le corps. Le capitaine et les soldats sortent. La sorcière sort de la roulotte et se jette dans les bras du prêcheur. Cesarini danse autour d'eux.

S : Isabelle m'avait expliqué le scénario de Cesarini. J'ai joué le jeu et je suis sauvée. Un mannequin a brûlé à ma place.
P : Heureusement ce capitaine était borné, car il ne savait pas qu'un corps humain ne se consume pas si vite. Cesarini vous a sauvée c'est évident, mais la stupidité de ce beau militaire y a largement contribué Pour une fois que la bêtise a sauvé une vie. Faisons un vu pour l'avenir. Vous n'existez plus, vous êtes un fantôme.
S : Sorcière, fantôme, et que serais-je encore ?
P : L'amour de ma vie.
R : La violente amour a triomphé du destin, et l'illusion et le théâtre mais le théâtre n'est qu'illusions ont eu raison de la barbarie des hommes. Souhaitons qu'il en soit ainsi pour les siècles à venir, Amen.

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